Publié par : jocelyndeque | janvier 18, 2009

L’anaon du Prat Braz et l’anaon du bois de Kerouez

menhir1Recuelli par François-Marie Luzel

Un soir, au foyer de la veillée, à Keramborgne, on parlait de revenants, d’esprits, de fantômes et d’apparitions de toutes sortes. Laouic Mihiac disait avoir vu les lavandières de minuit, lavant leurs linceuls au clair de la lune, et attendant le voyageur attardé pour les aider à les tordre et à les égoutter. Guilherm Nédélec avait entendu, au bas du Prat Braz, celui qui va partout criant d’une voix lamentable et effrayant : Ma mômm !…Ma mômm !!! (Ma mère ! Ma mère !)… Et son sang s’était glacé dans ses veines en entendant cette voix qui faisait penser à des douleurs et à des souffrances surnaturelles, et ce n’est qu’avec beaucoup de mal qu’il avait pu regagner son logis.

-Malheureux ! dit Fańch Kergoz, il fallait aussitôt réciter un De profundis, et tu aurais délivré une pauvre âme en peine, car c’était l’âme de quelque jeune homme, sans doute, qui se sera perdu malgré les amis et les bons conseils de sa mère, en aimant trop la danse, le jeu ou les cabarets : et maintenant il est condamné à errer sur la terre de vivants, en jetant partout cetteplainte lamentable qui effraie les voyageurs, jusqu’à ce qu’il est rencontré quelqu’un qui, au lieu de prendre la fuite, récite un De profundis sur le lieu.

-C’est comme celui  qui va à travers les campagnes criant : Sed libera nos a malo ! dit Galik Garandel. On a beau regarder de tous côtés, l’on ne voit rien, l’on entend seulement un voix, une voix triste et plaintive qui crie à vos côtés, à votre oreille, sur votre tête, sous vos pieds : Sed libera nos a malo ! Sed libera nos a malo ! Je l’ai entendu l’an dernier, une nuit que je passais par le bois du Kerouez, et j’eus ma foi bien peur.

-Il fallait tout simplement répondre : Amen ! dit Gaod Al Laouenan, et tu aurais aussi délivré une pauvre âme en peine. Songe donc combien facilement tu aurais pu délivrer une âme ! rien qu’en disant : Amen ! Si la pauvre âme ne rencontre que des peureux comme toi, elle souffrira encore bien longtemps.

-C’est bien facile à vous de dire cela, Gaod, assise comme vous l’êtes là sur votre rouet ; mais si vous aviez été à ma place, si vous aviez entendu cette voix, comme elle était lamentable et triste, vous n’auriez pas plus parlé que moi, et vous auriez senti tout votre sang se glacer dans vos veines.

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